reportages milieu libertinLibertins depuis plus de 40 ans, Chantal et Richard forment un couple échangiste mûr qui porte un regard très particulier sur la démocratisation récente du libertinage. Rencontre et interview de deux vrais coquins qui n’ont pas leur langue dans leur poche.

par Daniel le Libertin

Quand ils font leur apparition dans un club échangiste, Chantal et Richard passent rarement inaperçus. Il faut dire que, même s’ils font plus jeunes que leur âge, ils affichent respectivement 64 et 66 ans au compteur. Et pourtant, pour eux, le libertinage ne s’arrête pas à 60 ans.

J’ai eu la chance de pouvoir discuter un long moment avec ce couple libertin mûr qui a commencé à pratiquer les sexualités plurielles dans les années 1970. Un témoignage que j’ai trouvé passionnant.

Le libertinage des 70’s

– Comment avez-vous débuté dans le libertinage ?

Chantal – On n’a jamais réellement commencé. Je veux dire par là que les choses ne se sont pas faites comme ça. Jamais nous ne nous sommes dit « devenons échangistes ». Moi, j’avais 18 ans en mai 68, je passais mon bac, à Paris. Il flottait un parfum de liberté sexuelle. Et même si je suis restée vierge – techniquement – jusqu’à mes vingt ans, je n’ai jamais envisagé les relations amoureuses de façon exclusive. A cette époque, les filles ne prenaient presque pas la pilule. Nous organisions des orgies qu’on dirait aujourd’hui mélangistes, pour nous protéger de la grossesse. Mais ces orgies étaient des actes politiques pour les uns, comme moi, métaphysiques pour les autres.

Richard – Moi, j’ai grandi à la campagne. Les choses ne se sont pas passées comme ça de mon côté. Quand les premiers gauchistes sont arrivés dans mon village, j’ai tout de suite sympathisé avec eux. Ils m’ont expliqué que la fidélité était une valeur bourgeoise, un vague sentiment de propriété sur l’autre et, franchement, ça m’arrangeait, parce que j’avais envie de faire l’amour avec plein de filles ! C’est plus tard que j’ai compris qu’ils n’avaient peut-être pas tort, finalement.

– Et votre rencontre ?

R. – C’était en 1971.

C. – Richard est arrivé à Paris, bien décidé à reprendre ses études, ce qu’il a fait brillamment d’ailleurs. Nous nous sommes connus dans une réunion politique, qui a d’ailleurs vite tourné à la partouse. Depuis, nous ne nous sommes jamais quittés.

R. – En ce temps là, il n’y avait pas les clubs, les réseaux de rencontre, encore moins internet, bien sûr. Mais parmi les gens que nous fréquentions, la majorité était échangiste comme on dirait maintenant.

C. – Nous passions nos vacances dans des communautés où le sexe était libre. Assez vite, le Cap d’Agde est devenu un point de ralliement de tout ceux qui voulaient vivre leur sexualité de façon différente.

Le développement de l’échangisme

R. – C’est dans les années 1980 que les termes « échangisme » et « échangiste » ont commencé à être utilisés. Nous étions installés à Paris, avec un bon boulot, deux enfants, nous avons un peu ralenti notre activité libertine, pendant quelques années. C’est à l’apparition du minitel que tout a repris. On a beaucoup pratiqué le trio, mais aussi l’échangisme à quatre, à l’époque.

C. – Les choses n’étaient plus comme avant…

De la nostalgie ?

C. – Oui et non. On regrette toujours un peu sa jeunesse… Mais non, je ne trouve pas que c’était mieux avant. Au fur et à mesure, le libertinage devient une chose de moins en moins engagée, de plus en plus décontractée, et c’est tant mieux. Ça veut dire que, quelque part, nous avons un peu gagné. Les jeunes qui vont maintenant dans les clubs ne sont pas plus politisés que les autres, ils vivent leur sexualité comme ils l’entendent. Et je le dis : c’est un peu grâce à nous.

R. – C’est totalement grâce à nous. Je ne vais pas jouer les anciens combattants, mais nous avons pris des risques, pour l’avortement, pour les droits des homos, pour la libération sexuelle. Les jeunes libertins de maintenant devraient avoir conscience que leur liberté sexuelle n’est pas acquise, qu’il y a toujours des gens qui souhaiteraient la mettre à mal.

Un couple échangiste mûr aujourd’hui

L’ambiance des clubs, le nouveau libertinage, vous en pensez quoi ?

R. – Aujourd’hui, c’est aussi du commerce. Mais bon, comme disait Chantal, ça veut dire aussi que des progrès ont été faits, notamment sur l’image des femmes qui aiment le sexe et l’assument.

C. – Moi, je trouve ça génial ! Toutes ces petites nanas qui mènent la danse, sous le le regard encore un peu éberlué de leur mec. Je suis épatée par leur audace…

Et être un couple libertin mûr, ça se passe comment ?

R. – On ne va qu’avec des couples de minimum 45 ans. On en leur demande pas leurs papiers avant… Mais voilà, on n’a pas envie de coucher avec des trentenaires qui ont l’âge de nos enfants. Pour la pluralité, c’est autre chose : si un jeune mec se joint à nous, on en va tout de même pas le rejeter, ce serait de la discrimination.

C. – En tout honnêteté, être un couple échangiste de plus de 60 ans à l’heure actuelle, c’est vraiment génial. On a plein d’amis, avec qui on ne couche pas, qui ont 20 ans, 30 ans, qui nous demandent des conseils, et avec qui on rigole bien. A part de rares imbéciles, nous sommes bien acceptés, malgré notre âge.

R. – Le milieu libertin a toujours été un milieu tolérant. Il faut que ça continue ainsi.