culture échangiste et libertinismeRégine Deforges n’est plus. Cette grande dame du XXème siècle a marqué des générations de lecteurs – et de lectrices – en défendant pied à pied une littérature libertine et rebelle. Auteure, éditrice, elle était aussi une figure du féminisme pro-sexe.

par Elise

Elle est de ces femmes – peu nombreuses – qui vous font dire, petite, que vous n’êtes pas n’importe qui. Mais que ce picotement qui vous saisit l’entrecuisse devant une belle femme ou un bel homme ne fait pas de vous une perverse. Pour Régine Deforges, l’érotisme n’est pas militant, ni didactique, et pourtant…

la bicyclette bleue Deforges

>>> Laëtitia Casta dans l’adaptation TV de La Bicyclette Bleue (Thierry Binisti, 2000)

Pourtant, dès le début des années 1970, elle a ouvert régulièrement le Journal Officiel, pour vérifier qu’une nouvelle interdiction ne frappait pas l’un de ses ouvrages, comme auteure ou comme éditrice. Pourtant, elle a permis à des générations de femmes de vivre leur sexualité plus librement.

Deforges, la scandaleuse

Tout commence par un scandale. Quand, à quinze ans, on lui dérobe son journal intime et qu’on en révèle le contenu, la petite Régine n’a d’autres choix que de détruire le manuscrit. Elle y dévoilait sa passion pour une autre fille de son âge.

Féministe pro-sexe, Deforges se confronte dès ses débuts d’éditrice – elle est la première femme en France à tenir ce rôle – à l’ordre moral établi. Avec la publication du livre Le Con d’Irène (1968, sous le titre Irène, attribué à Aragon), elle s’attire les foudres de la censure et va même jusqu’à être privée de ses droits civiques.

Mais c’est au début des années 1980, avec le début du cycle La Bicyclette Bleue, que Deforges va se faire un nom en tant qu’auteure auprès du grand-public. La saga littéraire, librement inspirée d’Autant en emporte le Vent, se déroule durant la Seconde Guerre Mondiale. On y suit les aventures de Léa, une jeune femme éprise de liberté.

Si, aujourd’hui, cette œuvre apparait comme largement accessible à tous, notamment grâce aux adaptations TV qui en ont été faites, elle est suivie, lors de sa parution, d’un parfum de soufre et de liberté sexuelle. Car Deforges l’écrivaine n’est pas plus sage que Deforges l’éditrice.

Deforges et l’érotisme

Régine Deforges n’aime pas les interdictions, et certainement pas celles qui touchent les livres. Dès ses débuts comme éditrice, elle met un point d’honneur à publier des ouvrages qui font l’objet de censures diverses (Apollinaire, Gautier, Restif de la Bretonne, Mandiargues…), mais aussi des œuvres de femmes.

Mais comme auteure aussi, Deforges aime l’érotisme : Contes Pervers, notamment, marque un véritable tournant dans l’histoire de la littérature érotique. A titre personnel, c’est cette partie de l’œuvre de Régine Deforges qui m’a le plus marquée. Et qui m’a permis d’assumer mes penchants libertins, en tant que femme.

Il me fallait lui rendre hommage…